News Christian Deglas - Mai/Juin 2018.

EN MAI, BOIS CE QU’IL TE PLAÎT !

Nous arrivons quasi déjà à la mi-année, comme si le temps passait à la vitesse supérieure. Le mois de mai est théorique le plus beau mois de l’année avec ses journées lumineuses, la nature en plein renouveau, les parfums de fleurs au bout des narines. Les terrasses des établissements sont pratiquement toutes installées et n’attendent que leurs clients. C’est le moment de l’année, où les bières paraissent plus alléchantes que jamais, laissant apparaître par région de nouveaux crus, ne fût-ce que pour un « one shot ». On remarque cependant que de nombreux amateurs de bières, et notamment les fidèles d’une marque en particulier, sont souvent tentés de découvrir une nouvelle saveur afin de la comparer avec leur bière préférée. De plus, il n’y a pas de préférence en blondes, ambrées ou brunes, c’est tout simplement la curiosité saine qui guide le choix.


BRASSERIE HET ANKER « OUI MAIS …. ! »

Cela fera maintenant quelques années déjà que Philippe Leclef , le brasseur malinois, a remis à flot la brasserie « Het Anker » fondée toutefois au XVème siècle déjà, et établie aux portes de la province anversoise. La production propose cependant un catalogue historique, liée aux grandes heures de la ville, considérée au Moyen Âge comme l’avant-port de Bruxelles, capitale de la Belgique. Riche par son passé historique, notamment, lors du règne de Charles le Téméraire. La ville fut très convoitée par les grandes familles nobles, et fut aussi une cible privilégiée lors de l’invasion espagnole en 1585. Progressivement aussi, Malines devint un archidiocèse dans lequel l’évêque gère toutes les questions religieuses, essentiellement catholiques, ce qui lors d’une nouvelle invasion de la Belgique par les Pays-Bas protestants, laissèrent des traces indélébiles. Malines fut aussi une ville historique et symbole d’un avancement économique futuriste, puisqu’elle fut l’aboutissement, en 1835, de la première voie ferrée reliant Bruxelles à Malines.
Ce fort caractère historique se retrouve au travers des différentes bières de la production de la brasserie Het Anker. Le péché mignon de la ville est essentiellement la gamme des « Gouden Carolus » en référence à l’Empereur Charles V.
L’assortiment est complet et tellement riche, au point que les nouveaux crus sont quasi essentiellement composés de versions limitées, et non conformes aux bières traditionnelles, notamment les « oak aged ». 2017 a vu la gamme s’enrichir de 2 raretés, une « Gouden Carolus Indulgence » (8,5%) présentant une très forte amertume grâce à des houblons typiques mais bios. Elle jouit en outre d’une ajoute de 4 épices ou herbes, affinant son caractère afin de ne pas l’homologuer à une IPA.

Enfin à « Seigneur tout honneur ! », Charles V se rappelle au travers de la « Cuvée de l’Empereur » (11,7%) mais mûrie en fûts de whisky, car il faut le préciser, les branches de la brasserie, ce sont aussi déployées vers le domaine de la distillerie, en reprenant une autre affaire familiale, « De Molenberg » produisant quelques fameux whiskies de type single malt, riches en corps et caractère, laissant dans ses fûts, des levures et malts résiduels, favorisant une nouvelle fermentation, laissant apparaître des touches de vanilles, d’écorces de chênes et légèrement de chocolat noir.
En résumé, vous ne pourrez que progressivement à touches modérées découvrir l’ensemble des cuvées empiriques de la brasserie «Het Anker ».


EN AVANT HAACHT !

Dans ce domaine, la famille Vander Kelen de la brasserie Haacht, à l’art de frapper fort. Cette belle entreprise brassicole familiale, toujours indépendante, n’est pas tenue par des obligations de tendances modes. C’est avant tout l’amour de produire d’excellents produits, répondant à des critères d’excellence et mettant en exergue l’originalité d’une saveur, sans bouleverser pour autant tous les principes de sa fabrication. Un exemple avec l’une des dernières du catalogue, la gamme Super 8. Citons la blanche Super 8 (5,1%) qui est bien plus qu’une simple blanche telle qu’on la connaissait.
Elle se définit comme une véritable originalité de par la durée de ses différentes fermentations afin que chaque ingrédient, dont certaines épices, de son stade de fermentation soit bien marqué lors de sa dégustation.Cette gamme dispose de 3 autres produits, dont l’une de basse fermentation, une blonde Export (4,8%) ainsi qu’une formidable IPA (6,8%) qui excelle par sa profonde amertume mais sans toutefois se montrer âcre.
La gamme des bières "Mystic", est aussi très appréciée et semblent s’installer parmi les produits phares de la brasserie. Elles se présentent en 3 versions : la Radler dont l’alliance avec le citron vert, lui donne spécifiquement une fraîcheur d’avance. La version « Pêche » nettement plus arrondie ainsi qu’une traditionnelle « Cerise » sucrée certes mais pas disproportionnée car leur rôle reste avant tout celui de désaltérer durant sa dégustation.
Enfin, la brasserie Haacht fort attachée à l’Histoire de la Belgique et ses traditions, proposent dans ses grands classiques, la « Charles Quint » en 3 versions dont l’ « Ommegang » le maître du jeu lors de la plantation du « Meiboom » (l’arbre du mois de mai). Et bien entendu nous n’oublierons pas la « Tongerlo », en 4 finitions, la bière bénite des pères Norbertins.


BRASSERIE OUD BEERSEL : BEER TRADITIONS REBORN !

Peu importe le mois, mais en mai, les brasseurs de la Vallée de la Senne autour de Bruxelles, et spécialisés dans la fermentation spontanée, relèvent les résultats des lambics rassemblés durant les mois d’hiver afin de commencer les différents coupages pour les futures gueuzes qui demeureront encore quelques mois en foudres de chêne. La petite brasserie de Beersel, à l’ombre du vieux château, est certes plus jeune que la bâtisse du Moyen-âge, quoi qu’elle puisse déjà afficher un gros centenaire d’existence puisque sa production de bières remonte à 1882. Elle se veut fière d’une méthode d’assemblage des bières inchangée depuis ses débuts, considérant son travail comme un véritable art. Le jeune Gerd Christiaens, a repris depuis quelques années, la poursuite de la tradition, tout en innovant d’une virgule, certains crus d’une fantaisie somme toute logique, couplant les bières de fermentation spontanée avec d’autres produits issus de la haute fermentation. Le résultat est assez étonnant mais non spectaculaire car on y retrouve la touche de l’artiste qui ne dénigre jamais la tradition.

Deux nouveaux crus ont vu le jour, et ne pourront que vous épater, que vous soyez puriste ou non.

La « Bersalis Sourblend Grand Cru » (8%) se distingue déjà par un degré d’alcool nettement au-dessus de ce qu’offrent les lambics. Cependant, elle garde l’acidité acide de lambic, couplée d’un fruité comme la pomme verte, la poire voire la banane pour ce qui est la version « Bersalis Tripel » (9,5%), Bersalis étant le mot latin de Beersel ! Sa qualification « sour » (acide en anglais) et « blend » (mélange) se justifie parfaitement procurant diverses étapes savoureuses débouchant finalement sur une plate-forme étonnante, réelle et fidèle à ses origines ancestrales.

L’autre nouveauté est la « Vieille Gueuze Barrel Selection Oude Pijpen 2017 » (6,5%). Dans ce cas, on plonge dans la véritable histoire reprenant une solide acidité de vieux lambics, dont certains ont mûris durant 20 mois sur de « vieilles pipes » d’environ 60 à 120 ans, certaines même datant du début des activités de la brasserie. Il faut déguster cette production en prenant le temps de décomposer ses mois de maturation. Elle présente une acidité très équilibrée, munie d’une profonde maturité. Elle se conserve en moyenne 20 ans, durant lesquels, le lambic s’arrondira quelque peu afin de laisser derrière lui une impression savoureuse de très grande classe et de confiance.


BRUSSELS BEER PROJECT AVEC LES LÈVRES ROUGES !

Je ne me rappelle plus si c’est durant un mois de mai que ces 2 jeunes passionnés lancèrent leur intention de faire de la bière toute leur carrière. Il est en tout cas certain que c’est le chiffre 13 qui leur a porté chance et a permis à leur complémentarité, de réussir un projet difficile mais de plus en plus concret, de produire au sein de la Capitale d’Europe des bières merveilleusement réussies et aux caractères très spécifiques. Créée en 2013, sur base d’un crowdfunding, qui aujourd’hui réuni plus de 2500 membres garantis d’être fournis en bières (de la brasserie) à vie!  Après 5 ans d’existence, et tant d’enthousiasme, la garantie qualitative est toujours au rendez-vous. Les sceptiques des premières heures, vont se retrouver le bec dans l’eau car les productions sorties de cette petite brasserie située au cœur de Bruxelles, sont en train d’écrire une nouvelle page brassicole historique de la cité de « Manneken Pis ». Aujourd’hui après un modeste sourire des débuts, leur talent les a amenés à un large visage de satisfaction amplement mérité. Ces 2 jeunes pionniers enthousiastes, sont en passe de réussir leur pari, d’enrichir la carte des bières bruxelloises d’un nouveau trésor savoureux. Le BBP (Brussels Beer Project) se confirme comme l’un des pôles d’intérêts de Bruxelles, non seulement parallèlement mais surtout loyalement auprès du public. Sa situation géographique de son lieu de production, est proche de la Senne (Canal de Bruxelles) jadis un point d’arrivage des céréales et de houblons issus des provinces belges. La brasserie produit essentiellement des bières de fermentation haute.












Preuve qu’en « mai, tu fais ce qui te plait mais pas nécessairement n’importe quoi ! » et ça le BBP l’a très bien compris !

Cheers.

 

Christian DEGLAS