Les Nouvelles de Christian Deglas - SEPTEMBRE 2017

SOUVENIRS DE VACANCES.
“Si tu ne vas pas vers la bière, c'est la bière qui viendra à toi !” Voilà un adage qu'il conviendrait d'appliquer à  cette rubrique de septembre.
En effet, au fil des kilomètres engendrés tout au long des 2 mois d'été, mon réflexe a été de me rendre auprès de distributeurs brassicoles ou grandes surfaces des différents pays traversés. C'est à la fois ma passion houblonnière qui m'y a poussé, afin de compléter ma curiosité ainsi que cette envie de découvrir cet intarissable esprit inventif dont jouissent les brasseurs européens optant pour des techniques spécifiques, et appelant à l'utilisation d'ingrédients gustatifs pour le moins inédits et parfois surprenant.

SOLIDARITÉ INTERBRASSICOLE.
Néanmoins, une première information plus économique méritait d'être mentionnée. En effet, la grande brasserie danoise Carlsberg, ces derniers mois un peu en déclin sur le plan des exportations, en raison du blocus de la Russie sur les produits de l'Union Européenne a vu malgré tout son chiffre d'affaire augmenter, grâce à l'intervention du groupe brassicole belge et associé, Grimbergen. Le résultat se montre très positif, pour même présenter une augmentation de 2% au bilan provisoire. En effet, les Danois, annoncent ainsi un chiffre d'affaire de 4,3 milliards d'Euros. Cees 't Hart, le responsable de la marque Carlsberg est d'autant plus satisfait encore, que les prévisions pour l'ensemble de l'année 2017, la dette du manque à gagner pourrait être comblée en grande partie.
Cette conséquence positive, permettra ainsi à la Belgique de peut-être retrouver sur son marché, l'un des joyaux de la brasserie danoise, la “Carlsberg Eléphant” (7,5%) dont vous trouverez ci-après ma petite histoire personnelle.


CARLSBERG ÉLÉPHANT UN RAPPEL DU GOÛT DE LA QUALITÉ.
Que cela rappelle de très bons souvenirs d'étudiant, remontant à mes années sixties, période durant laquelle on écumait les chopes comme de l'eau de robinet ! Toutefois, la conclusion de ces sorties universitaires, se terminaient traditionnellement aux petites heures par une bonne soupe, et souvent aussi par une “Carlsberg Eléphant”. La particularité de cette magnifique bière de basse fermentation était d'offrir un bouquet de fraîcheur, une amertume de caractère sans les spécificités de l'âcreté d'une pils conventionnelle. Son empreinte de marque, était d'offrir un bouquet malté  enrobé d'un filet alcoolisé, dégrisant notre état bucolique pour faire place à un retour sur les 2 pieds. De ces souvenirs de beuveries d'étudiant, ne sont restées que les bonnes conclusions des bières moins conventionnelles, rappelant déjà les prémices qu'une bière brassée avec savoir, se doit d'être dégustée avec sagesse. On appréciera donc d'autant plus, le retour de la Carlsberg Eléphant, qui permet de la classer parmi l'une des probables meilleures bières du monde !


L'ABBAYE DE ROCHEFORT VOLONTAIREMENT AUX IMPÔTS !
Les Pères de l'Abbaye de Rochefort viennent de prendre une position importante en décidant que pour la première fois en 100 ans, l'institution cistercienne de la brasserie, constituée en asbl, contribuerait dorénavant à sa participation de l'acquittement d'un impôt sur le chiffre d'affaire de la vente de ses bières. Elle rejoint ainsi ses abbayes consœurs qui pour la plupart, se sont déjà constituées en Société Anonyme (S.A.). L'an dernier, l'abbaye de Rochefort a engendré un bénéfice de 6,8 millions d'Euros. Rappelons, que la vente de leurs bières contribue majoritairement à l'entretien du monastère et surtout à des actions caritatives.

 


BERLINER KINDL WEISSE AU-DELÀ DU MUR DES SAVEURS!
La bière de Berlin survit bien au-delà de sa triste histoire murale. Sa tradition savoureuse traverse aisément les années tout en y apportant ses touches innovatrices. La blanche de Berlin est vieille de près de 150 ans. En effet, elle a vu le jour en 1872. Elle était le résultat d'une fermentation haute, dont la levure réagissait mal, lui apportant une involontaire acidité. Elle était appréciée car ce défaut la distinguait des pils allemandes de l'époque. La brasserie Berliner lui apporta ainsi des touches gustatives différentes, notamment fruitées pour se présenter sous des robes teintées distinctives parfois originales comme la version verte incluant une chlorophylle ainsi qu'une touche de citron vert et d'aspérule odorante. Cependant la version initiale tenait la tête offrant toutefois de nos jours une acidité surfaite non plus suite à une infection de levure mais bien grâce aux touches généreuses de lemon. Et pourtant, elle soutient ainsi d'autres secrets, comme le malt de blé ou la coriandre. En prime, elle se combine fort bien avec des cocktails de bières plus amères et même des versions foncées. A découvrir avec au préalable, un bagage informatif de derrière l'ancien mur.


SAINT-TROPEZ UNE BIÈRE BLONDE DE LÉGENDE. 
La station balnéaire méditerranéenne traditionnellement habituée à voir déambuler des blondes sirupeuses en tout genre, en aperçoit cette fois un autre type, pas celle que l'on imagine. En effet, cette blonde pétillante, à la coiffe gracieuse sous forme d'une mousse abondante, et vêtue d'une robe claire assortie parfumée aux touches d'agrumes, vient de connaître un très beau succès populaire. « La bière blonde de Saint-Tropez» (5,6%) a été commanditée auprès d'une brasserie belge du Hainaut Occidental, dont la particularité est d'être établie dans une région où les nappes phréatiques sont riches en minéraux principalement en calcium et magnésium, tandis qu'elles sont pauvres en nitrates. Ajoutez à cela, le savoir-faire d'un des brasseurs des plus doués de sa génération, et vous obtenez une bière très raffinée prête à répondre aux exigences des très nombreuses mondanités privilégiant Saint-Tropez comme plage du  « must be » de la star mania!
Cette blonde ne se dénude pas si facilement car sa composition n'est pas simple mais toutefois bien ancrée de tradition, notamment en faisant appel à des matières de bases qui ont déjà sacré de grands crus.     
Appel a été fait auprès des meilleurs malts teintés d'Europe. Sa consistance de caractère est alimentée de 3 houblons, l'un issu des terres profondes de l'Europe centrale et 2 autres provenant des USA. Quant à son processus de fermentation, il résulte d'une souche de levure spécifiquement mise au point auprès de  laboratoires de l'Université de Louvain-la-Neuve. Parés de tous ces ingrédients d'exception, elle ne peut qu'aboutir à un résultat sublime, offrant un nez d'agrumes grâce à ses houblons de classe. Bien évidemment, sa saveur rappelle cette spécificité tantôt mandarine, tantôt pamplemousse, abricot ou citron vert, lui donnant ainsi une bonne longueur. Servie dans son verre d'élégance sur pied, elle saura se montrer digne d'une bière qui devrait bénéficier de l'intérêt très select des illustres résidents de Saint-Tropez. 

 

 

 

 

 

 


STÖRTEBEKER STARK-BIER, UNE BIÈRE DU NORD POUR UN PANIER DE FRUITS DE MER. 
Le grand nord de l'Allemagne située en partie le long de la Mer du Nord, et plus extrême encore au bord de la Mer Baltique, possède un profil rappelant quelque peu le littoral belge. Idem pour ses spécialités gastronomiques. C’est dans la petite station balnéaire de Stralsund que je les ai découvertes. En effet, si les fruits de mer font honneur à la table, les accompagnements des mets sont plutôt différents. Pays de bières aussi, les Teutons ont le mérite de leurs accorder une présence plus conséquente à table. Quelle ne fut pas ma surprise au Nord de Rostock, de m’y voir suggérer une bière noire proche du stout. Cette dernière toutefois est issue d’une double fermentation dont la seconde rajoutée de malts whisky. Selon le maître d'hôtel, c'était l'un des « must » pour l'accompagnement des moules de mer. Me voilà donc engager dans une découverte gastronomique qui à première vue pouvait s'annoncer catastrophique sur le plan savoureux. Que du contraire, la bière proposée « Störtbeker » (7,5%) s'avère vraiment fabuleuse pour ce type de repas. Composées de ses différents malts torréfiés et de son malt de whisky, elle peut se comparer à un stout traditionnel avec cependant une finesse moins réglisse que celle accompagnant cette catégorie de bière. Elle dégage un nez fumé accompagné dès son introduction d'un léger piment en langue et laisse ainsi la liberté aux facteurs lumineux de la préparation des moules, tout le loisir de s’émanciper savoureusement. Avec un zeste de jus de citrons verts, votre repas prendra presque une tournure féerique. Hélas, cette bière au caractère bien ancrée mais de façon élégante, n'est pas (encore) disponible en Belgique, si ce n'est peut-être dans des grandes surfaces limitrophes dans les Cantons de l'Est.


« FAXE » POUR UN MAX !
Avant de rentrer à nouveau vers la Belgique, j’ai voulu malgré tester un produit que j’avais trouvé attrayant par sa présentation et son esthétique. Il s’agit d’une canette de bière en format d’un litre. Son look plutôt ravageur par sa couleur noire dominante, et rouge par son label était assez convaincant que pour l’acquérir, d’autant plus que sa teneur en vol. alc. de 10% était mise en évidence. D’autre part, le fait qu’elle émanait d’une brasserie danoise, « Faxe Brewery Denmark », pays de tradition des fermentations basses ne pouvait qu’inciter à la découvrir. Ce fut donc fait, mais en cours de soirée, par prudence car il ne fallait plus reprendre la route.
Surprise, la bière pas mal pétillante, blonde et surplombé d’une mousse blanche généreuse, rappelait une pils. Cependant son nez assez âcre et de caractère, vous met immédiatement en confiance. Et toutefois, c’est au goût que la surprise est de taille, car en fait, elle génère plus qu’une impression de déjà bu en Belgique. Il fallait donc approfondir les infos écrites de son emballage, qui informe sur l’authenticité du produit, son appartenance au groupe Royal Unibrew. Dès lors, la réponse était trouvée. J’avais affaire avec la défunte « TAURO » du secteur belge, la pils à haut volume proposée dans la gamme Jupiler il y a quelques années. Ce fut dès lors comme une flamme qui s’éteignit aussitôt d’autant plus que sa saveur fortement âcre mais maltée aussi, écœure l’envie d’en finir assez vite. Je ne la considérais donc plus comme une bière à déguster mais plutôt comme une boisson à s’enivrer. Décevant par son goût et seulement attrayant par son look, c’était sans regret que je partis de bonne heure vers la Belgique, mon vrai paradis de la bière, pressé de retrouver mes breuvages nationaux et toute l’ingéniosité de nos brasseurs.


HAPPY AT HOME !
Repos à la casa familiale riche en bières classiques et inédites, et pourtant avant d’aborder les derniers kilomètres, une petite pause repos en province de Namur était plus prudente après les longs kilomètres de retour. A hauteur d’un petit village pittoresque en dehors de tout trafic intense, non loin de Philippeville, sur une petite terrasse au soleil assignée à un bâtiment rustique d’époque, n’attendait que des promeneurs sortant du Parc Naturel Régional des Ardennes. En lisant le tableau mural des bières proposées, figurait une bière au nom assez sympathique de « Mam’zelle Bibiche ». Eh bien soit, va pour cette gentille « bibine ». En réalité, il s’agit d’un produit local, rappelant que les biches des bois ne sont jamais fort éloignées au point qu’elles n’hésitent pas à se montrer parfois affectueuses en s’approchant en confiance des habitations. Dès lors l’idée de 2 jeunes amateurs de bières, Jimmy Halleux et Pierre Campion, ce dernier ayant déjà à son actif « La Trompeuse » (en Hainaut Occidental), de mettre à la disposition des touristes pédestres, cette bière bien sympathique mais non dénuée de caractère. Elle affiche un modeste 7% mais présente un bien réel caractère rappelant que les habitants ruraux de cette région finalement pas si éloignées des forêts de la Gaume, ont un caractère certes très accueillant, mais aussi bien trempé. L’amertume est dominante, sèche tandis que le nez avance une légère étoffe vanillée. Sa conclusion est longue et donne aussi l’impression de cacher un secret naturel de fabrication issu des forêts denses de cette région. Les houblons et les malts sont produits en bord de brasserie. Pour ma part, je n’ai ressenti aucune présence d’épices. Mais en tout cas, il s’agit d’une bien belle réussite donnant à la bière son sens véritable. Cette charmante production demande très certainement une prochaine nouvelle visite, cette fois plus approfondie avec un compte-rendu plus étoffé dans cette rubrique.

 

 

 

 

 

 

 

 

Cheers !

CHRISTIAN DEGLAS