News Christian Deglas - Mars/Avril 2018.

GIBOULÈES DE MARS ET BOISSONS D’AVRIL !

C’est vrai, je l’accorde, nous n’avons pas eu un hiver très constant. Ce n’est que dans la dernière ligne droite que le froid s’est montré plus rude, mais juste assez pour laisser les jets de houblon pointés de la tête et nous signaler par la même occasion que 2018 devrait être une excellente année pour la qualité du houblon. Le monde belge de la brasserie plus que jamais encore, exporte ses bières vers tous les horizons de la planète même les plus insolites. Le secteur brassicole est l’hôte invité de presque toutes les missions diplomatiques, qu’elles soient accompagnées de nos souverains ou de divers cabinets ministériels. Ce fut le cas tout récemment au Canada et notamment dans sa partie québécoise région promotrice de l’ère de la microbrasserie. En novembre 2017, ce fut l’Inde qui accueillait quelques-uns de nos brasseurs et en particulier les bières de l’Abbaye de Chimay.


LE PETIT FUTÉ 2018.

Bernard Dubrulle, Jean-Louis Sparmont et Axel Cleenewerck, trois pionniers convaincus que la bière belge se doit d’être présente dans les nombreux relais gastronomiques en Belgique. Depuis 17 ans déjà, ce guide des bières belges est devenu une véritable bible non pas que pour le visiteur étranger mais aussi pour l’autochtone, veillant à ne vraiment rien manquer. Cet ouvrage très complet, et tout aisément maniable, vous indique toutes les bonnes étapes à ne pas manquer. Classées soigneusement et alphabétiquement, il vous est interdit de ne plus rien savoir sur nos bières, de ses brasseries mais aussi de ses étapes où le beer pairing règne en maître. Malgré qu’il n’y paraisse pas tout de suite, ce guide affiche toutefois 216 pages. Aucune région de Belgique n’a échappé à la vigilance de ces 3 passionnés auteurs de la bière. Et de surcroît il se manipule aisément et avec perfection. Pour un peu vous humeriez tous les arômes depuis votre divan. En outre, ce petit futé comprend un historique de la bière, les différentes étapes de sa fabrication, la manière de servir la bière ainsi que tout ce que vous devriez savoir afin de ne rien manquer de la saveur des bières. Le Petit Futé, est un ouvrage grâce auquel vous apprécierez la bière jusqu’à la dernière goutte de votre verre !


60 ANS, LEVONS NOS VERRES !

Cette année, nous célébrons le 60ième anniversaire de l’Expo 58. Ceux qui comme moi l’avons vécu ne l’ont jamais oublié. Je pense que c’est la plus prestigieuse exposition universelle qui a été mise sur pied. Elle a laissé derrière de nombreux souvenirs comme l’Ancienne Belgique où déjà la bière belge a pris un élan supplémentaire. De nombreuses bières locales y ont obtenu leur lettre de noblesse, comme Wiels, Concordia Pils, Gueuze Belle-Vue, Piedboeuf et j’en oublie. Le plus beau fleuron est resté intact, avec l’Atomium qui est le plus prestigieux symbole de toute une génération. Entre la modernité de certains bâtiments comme le Théâtre Américain, par exemple, on se souviendra aussi du pavillon congolais à l’époque dans lequel on avait reproduit un courant d’eau spectaculaire du grand fleuve africain. Est-ce un hasard si aujourd’hui, John Christian Kavakure, fondateur de la brasserie de Flobecq a voulu faire revivre ce magnifique souvenir par une bière anniversaire, la « FLO 58 », une savoureuse ambrée très soutenue principalement par des accents particuliers devant rappeler l’annonce du début des années sixties. Pour certains nostalgiques, elle les amènera vers une convivialité plus que symbolique de toute une époque, lorsque la communication humaine avait encore le sens de l’amitié. Pour les plus jeunes elle sera synonyme d’une ouverture gustative comme les aînés de l’époque, qui découvraient en une journée toutes les facettes du monde. Le « Spoutnik » russe, présent à l’Expo 58, nous évoquait déjà les grands rêves de l’homme, comme celui de pouvoir aller un jour sur la lune. Cette nouvelle bière raffinée n’enverra certes pas John vers une autre planète, mais aura le grand mérite d’apporter son rôle social de rapprocher les gens.


LA FAMILLE S’AGRANDIT !

Le label « Belgian Family Brewers » (BFB) est un label d’authenticité regroupant les brasseries dont les familles sont depuis des générations à la tête de l’entreprise et qui le sont encore toujours. Ces brasseurs sont restés fidèles aux recettes originales de leurs aïeux. Constituées en association, elles sont aujourd’hui une vingtaine et comprennent différents types de bières à fermentation haute, basse ou spontanée. Cette semaine, la brasserie Boon a reçu la reconnaissance des « Belgian Family Brewers » rejoignant ainsi deux autres brasseries productrices de lambic, Timmermans et Lindemans. Frank Boon, est l’un des pionniers du lambic. Certaines sources, définissent ainsi que le mot « lambic » trouverait sa source auprès du village, Lembeek, près d’Hal, dans le Brabant flamand aux portes du Pajotteland. Par contre une vérité qui est bien établie, est que l’initiative de Frank Boon est bien ancrée dans sa région, et même plus loin encore puisque son entreprise est réputée bien à l’extérieur des frontières belges, comme aux USA, au Canada et au Japon. La brasserie Boon, possède ses propres lambics, permettant des coupages typiques pour la composition des gueuzes. Grâce à ses fils Jos et Karel, la pérennité de la brasserie permettra de sauvegarder et garantir le patrimoine pour au moins une nouvelle génération.


LES ANTIVOLS POUR LES VERRES DE BIÈRE ! 

Le mois de mars est synonyme de la fin de l’hiver pour déboucher vers un mois d’avril, où l’on ne se découvre pas d’un fil mais malgré tout, reste la période où les premières terrasses retrouvent leur place. Ce sont aussi les premières périodes où les instincts de voleurs de verres se réveillent. Quoi de plus tendant que déguster une bière plutôt rare chez soi, et qui une fois versée dans son récipient d’origine semblent tenter les collectionneurs de pièces rares. Certaines d’entre elles sont fort sollicitées car elles sont relativement rares sur le marché de la dégustation publique. Près de 500.000 verres disparaissent annuellement pour finir leur existence au fond d’une armoire. Devant ce véritable fléau, qui se chiffre à plusieurs milliers d’Euros pour les cafetiers mais aussi les brasseurs, ces derniers ont judicieusement équipé leurs verres d’un antivol, notamment pour ceux faisant appel à des supports boisés. Toutefois, le système est assez coûteux et n’a pas encore montré ses preuves, mais toutes les suggestions sont les bienvenues.


MOORGAT EN ITALIE.

La brasserie Duvel Moortgat, l’une des plus importantes en Belgique, est aussi très active hors de frontière du royaume. Aux USA, elle dispose déjà d’une place plus que prépondérante avec notamment la brasserie Boulevard Brewery le point central à Kansas City dans le Missouri, produisant notamment la « TANK » (8,5%) sœur jumelle de la Duvel. Cette fois c’est au tour d’un brasseur italien de se voir incorporer dans le groupe Moortgat. Il s’agit de l’entreprise BIRRIFICIO DEL DUCATO. Cette brasserie est surtout connue en Italie pour ses bières de grande qualité mais aussi pour ses prix de vente assez élevés. Ce qui ne l’empêche pas d’être très prisée et notamment sur les bonnes tables gastronomiques. Sa carte brassicole fait mention d’une vingtaine de crus la plupart orienté vers une saveur acide. Le groupe Moortgat approche maintenant du top 20 des brasseries mondiales et devrait encore augmenter sa croissance au cours des prochaines années.


LES BIÈRES BARREL AGED ENCORE ET TOUJOURS.

Décidément les vieux fûts en bois de chêne ayant servi à la maturation d’alcools ou de vins, ne sont pas prêts à disparaître ou de ne servir que de support de verres sur des terrasses de cafés. Dans une liste déjà longue, on recense depuis le mois de mars une dizaine de nouveaux crus comme la « RENAISSANCE » (7%) de la brasserie De Dochter van de Korenaar sise comme un petit ilot de Belgique sur le territoire des Pays-Bas. Le brasseur propose une IPA mûrie dans des fûts de vins blancs de Bourgogne comme le Puligny-Montrachet. Cette IPA arrivée en fin de ses 4 mois de maturation, reprendra dorénavant des saveurs toujours amères mais assouplie d’un sec typique aux vins blancs de Bourgogne. Sa nouvelle maturation prendre un séjour entre 6 mois et un an. Les premiers crûs sont sur le marché à partir de Pâques et s’associent très bien avec du chocolat blanc comme les mousses ou tout simplement comme apéritif.

La « BINCHOISE XO » (11%) de la brasserie éponyme revient sur le marché, mais cette fois avec une structure plus appuyée essentiellement garantie par son séjour en vieux barils de chêne ayant bénéficié de la maturation d’un Armagnac du Sud de la France. Dès lors cette blonde déjà caractérielle à la base, offre une saveur nettement plus piquante laissant derrière elle un très long arrière goût d’où ressort surtout le caractère typique de l’Armagnac. Son prix de vente est au-dessus de la moyenne.

A côté de cette dernière, la « George IV » (8%) de la brasserie Deca près de Poperinge, apparaît quelque peu dénudée, ceci principalement par son mûrissement dans des fûts de whisky. Elle dégage une sensation plus maltée, révélant même des segments vanillés. La bière fait référence à Georges Christiaens, le brasseur initial de Deca qui décéda en 2013 de façon inopinée

Enfin mentionnant aussi la « Liefmans Goudenband » (9,5%) qui après sa méthode mixte de fermentation en fût, assimilée aux vieilles brunes flamandes, bénéficie ici d’une nouvelle garde à nouveau en fûts mais ces derniers ayant servi précédemment à la maturation de vins rouges californiens. Elle se révèle plutôt ronde, perdant de son acidité modérée au profit d’une bouche et un arrière goût plus intransigeant sur la sécheresse finale.


Après ces semaines chocolat des œufs de Pâques, nous reviendrons la prochaine fois avec on l’espère, la présentation de la trappiste anglaise, pour laquelle il y a eu un petit contretemps technique sans gravité, retardant uniquement sa mise en bouteille.

CHRISTIAN DEGLAS.