NEWS AVRIL/MAI 2019

UN MOIS SOMBRE : GUY DERDELINCKX N’EST PLUS.

Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais toutefois dans le monde de la brasserie non seulement en Belgique mais aussi sur les 5 continents, le Professeur Guy Derdelinckx était une sommité. Il s’est éteint inopinément à l’âge de 65 ans.

Il était professeur à la KULEUVEN où il assurait avec l’autre sommité de monde brassicole, Freddy Delvaux, la responsabilité de la « Chaire de Malterie-Brasserie. Durant sa longue carrière en matière scientifique qu’il exerça durant près de 30 ans, il forma de nombreux futurs ingénieurs brassicoles tout en veillant en même temps de rendre les résultats techniques des nouvelles techniques en bières toujours de plus en plus parfaites, au point que des brasseries étrangères venaient prendre conseil auprès de lui. Il maîtrisait toutes les technologies de production et de l’évaluation sensorielle des bières spéciales, qui lui valurent d’être considéré comme l’un des plus grands spécialistes mondiaux de la fermentation invités à prendre la parole aux plus importants congrès de la planète. Dans le cadre de ses recherches, il assura la direction de plusieurs travaux destinés à la promotion de chercheurs au grade de « Docteur es Sciences agronomiques». En 1995, il assura l’aperçu historique de la fabrication de la bière à l’occasion de mon premier livre « Le Goût de la Bière Belge » publié aux Editions Collet. Le monde de la bière perd ainsi l’une des ses plus éminentes personnalités de son Histoire. Repose en paix mon Cher Guy. Tu m’as appris tant de choses sur ce qui est devenu ma passion.


MARIAGE D’ANNIVERSAIRE ENTRE 2 BRASSERIES CENTENAIRES.

La formule habituelle d’une union matrimoniale comprend la phrase « Contribuez-vous à prendre pour partenaire ….. ? » Dans le cas présent, il s’agit du consentement de 2 brasseries largement centenaires qui de commun accord ont décidé sortir une production ensemble. D’une part la Brasserie Dubuisson, connue pour sa « Bush Beer » longtemps considérée comme la bière la plus forte de Belgique qui fêtera son 250ème anniversaire, et parallèlement la Brasserie De Brabandere connue pour sa Bavik pils et sa Petrus qui fêtera cette année son 125ème anniversaire. C’est cette occasion qui a été choisie afin de célébrer un événement productif ensemble. Pour l’instant, tant le nom que la recette sont restées top secrètes. Toutefois, l’habillage des bières Bush a déjà modifié, apportant un visuel plus moderne. Serait-ce déjà un indice en vue de la cérémonie ? Probablement pas, car l’accouplement laissera pour chacune des 2 brasseries, une innovation totale, tant par le nom, que la saveur et bien entendu l’habillage. Ni la robe de la bière tout autant que la tendance de la saveur n’ont pour l’instant été dévoilé. Il est certain toutefois que pareille union débouchera sur un grand cru et certainement pas dans une production à tirage limité. L’impatience nous envahit et je l’espère ne nous décevra point !


NOUVELLE ACQUISITION AU LUXEMBOURG POUR AB INBEV.

Qui il y a plusieurs années, n’a pas vu ses parents, voire grands-parents, prendre un bon verre de bière durant des vacances ou dans la province du Luxembourg ou carrément encore dans le Grand Duché, d’une « Diekirch » la pils par excellence du Duché, après une journée de promenade dans les collines de Luxembourg. Le Grand Duché comptait pas mal de petites brasseries, mais toutes très souvent proposant un résultat de la basse fermentation. « Diekirch » arrivait en tête et grâce aux touristes de l’époque, principalement des Belges, cette bière, excellente par ailleurs, s’est fendue d’une solide réputation. Issue de la Brasserie de Luxembourg Moussel-Diekirch, s’est en prime très vite adapter aux réalités du monde d’aujourd’hui et se prépare pour le futur notamment grâce à sa technique écoresponsable. C’est durant l’automne dernier que fut inaugurée la nouvelle identité visuelle pour la marque Diekirch. C’est un Belge qui siège à la direction de cette brasserie et qui lors de la cérémonie inaugurale à insister sur les profondes racines luxembourgeoises de la brasserie fondée en 1825. Elle figurera néanmoins au porto folio du groupe AB INBEV, ce qui bien évidemment lui garantira un futur plus qu’intéressant !


LA DELIRIUM BOURBON BARREL AGED ATTENTION PRUDENCE !

La brasserie gantoise à l’éléphant rose, réputée pour ses bières de caractère et relativement élevées quant à ses degrés alcooliques, vient de sortir son nouveau sommet brassicole. Présentée lors du récent Horeca Expo de Gand en novembre 2018, elle a d’emblée marqué de son empreinte savoureuse, les quelques privilégiés qui purent la déguster. Du haut de ses 12% vol. alc. elle se terre toutefois derrière une sensation à tendance douce et moelleuse, afin de paraître accessible à un large public. En fait, ce sont les connaisseurs avertis qui l’apprécieront au mieux, car elle possède 3 caractères bien distincts, notamment avec une approche de whisky, assez prononcée, relayée au palais d’une amertume domptée (20 EBU), pour se clôturer sur une sensation de bien-être parfaitement équilibrée, ronde et sévère à la fois. A sa première gorgée, elle semble se présenter comme une bière anodine, mais piégeuse. En effet, ses effets alcooliques jouent parfaitement leur rôle et nécessitent de la part du consommateur, toutes les réserves d’usage afin de ne pas trop vite voir défiler des éléphants roses. Elle peut idéalement se consommer comme un pousse-café accompagné de chocolat ou de fromage. Je recommande moins les salaisons car les sels atténuent toutes les astuces de cette fameuse bière en devenir! Pour l’instant, elle n’existe qu’en version fût, mais le 1er juin prochain, elle sera disponible en bouteiller (75 cl très certainement !).


LE DIABLE AU CORPS !

Le brasseur de la Duvel Moortgat n’en finit pas de nous surprendre savoureusement, notamment avec sa gamme Tripel Hop. Après le phénoménal succès de la version Citra, l’inspiration houblonnée ne s’arrête pas. Pour cette septième version, le brasseur, toujours très inspiré, après des brassins déjà plus qu’originaux, a cette fois fait appel à une nouvelle astuce en utilisant le houblon « Cashmere » assez rare mais qui aura un effet surprenant. Pour rappel, les versions précédentes avaient fait appel à des types de houblons rarement voire jamais usités, comme l’Amarillo, le japonais Sorachi Ace, le Mosaïc, l’Equinoxe ainsi que le plus mystérieux mais jamais défini, HBC291. Voici donc la version 2019 avec un houblon bien ciblé, le Cashmere, utilisé durant son processus de fermentation, lors de sa phase de dry-hopping c-à-d ajouté lors de la phase de refroidissement du brassin. Il est partenaire en introduction de 2 autres houblons en houblonnage traditionnel dont le Saaz et le Styrian Golding au caractère bien planté mais néanmoins traditionnel pour les fortes blondes. Le partenariat du Cashmere lui apporte un caractère plus profond (40 EBU) sans pour autant pouvoir la qualifier d’IPA. Par contre son degré d’alcool de 9,5% est bien au-dessus d’une Duvel traditionnelle. Ce sera la signature du brasseur de Moortgat, avec cette inspiration insatiable apportant avec ce nouvel houblon une touche plus aigüe encore relevant le nez d’agrumes ainsi qu’une finale surprenante qui surprendra agréablement les fanatiques de la Duvel. On y décèlera ainsi des touches de pêches, de melon et …. de chair de noix de coco tropical non sucrées, lui apportant une fraîcheur particulière tout en développant une détente de dégustation, pas en langue mais essentiellement dans son final. Bien évidemment, comme toutes les «Triple Duvel», elle est produite en version limitée mais suffisamment toutefois pour qu’une majorité d’amoureux de la bière puissent pouvoir la découvrir. Ne pas la savourer dans les meilleures conditions, soit fraîche et dans son verre typique à la marque, serait un péché véniel, Quand on vous dit qu’avec la Duvel Cashmere, le paradis est bien sur terre, on ne vous ment certainement pas ! Merci doux Jésus !


UNE GULDEN DRAAK IMPÉRIALE STOUT.

Décidément, les brasseurs ont le vent en poupe surtout en ce qui concerne les bières fortes. En 2017 et 2018, l’accent a été mis sur les « oak age », cependant, on constate aussi un regain d’intérêt pour la catégorie des stouts, dont le summum avait été atteint durant la fin des sixties avec la vague des pubs anglais. Généralement, cette bière est modérément alcoolisée. Elle s’est enrichie d’une touche plus prononcée, favorisant un caractère plus chaud via une réglisse plus contrôlée lors de sa maturation plus allongée généralement en foudres de chênes. La plus récente production nous provient de la brasserie Van Steenberge dans sa gamme Gulden Draak, sous la forme d’un stout impérial (12%). Certes, les caractéristiques savoureuses du stout s’y retrouvent mais laissent aussi une place prépondérante au nez, libérant tout d’abord un arôme de banane très mûre (non sucrée), tandis que sa conclusion libère des relents aigres-doux résultats de son séjour prolongé en barriques de vieux chênes. La formule finale, impressionne comme pour un bon vieux vin de Bourgogne, et suggère un accompagnement d’un fromage de caractère.

 

 

Cheers.

Christian DEGLAS.