News Christian Deglas - Juillet - Août 2018.

BIÈRES ET CANNABIS !

Je vous rassure tout de suite, je ne vais pas vous entraîner vers un paradis artificiel, en vous incitant à tester la plante de cannabis. En réalité, est que lors d’un de mes séjours à l’étranger, dont l’Espagne, en recherchant un établissement affichant une carte de bières intéressantes, je suis tombé sur une bière appelée « THE CANNABIS CLUB SUD » (4,9%). Bien évidemment, spécialiste de la bière, et sachant que le houblon (humulus) et le cannabis, sont les 2 plantes de la catégorie des CANNABACEAE (dénomination latine). En effet, dans mon premier livre « Le Goût de la Bière Belge » (Ed. Collet J-M Collet – 1995) / « De Smaak van Belgisch Bier », « The Classic Beers of Belgium » (Publ. G.W. Kent Chicago), l’éminent professeur Guy Derdelinckx, détenteur de la Chaire de brasserie à l’Université de Louvain, explique dans le glossaire les liens entre le houblon et le cannabis. J’en ai retenu que la lupuline (pollen de la fleur femelle du houblon) et le chanvre du cannabis possédaient des propriétés communes comme l’apport d’amertume ainsi que des propriétés antiseptiques. Un exemple, au Moyen-âge, lors des grandes épidémies, des moines cisterciens utilisaient le houblon afin de purifier l’eau. Les moines anglais, l’utilisait aussi afin d’atténuer les ardeurs sexuelles dans leur communauté !

Revenons à la bière au cannabis, car finalement, cela semblait logique de tenter une combinaison brassicole avec la seule plante sœur du houblon. Ce fut une agréable surprise, pour 2 raisons car à la lecture de l’étiquette, les ingrédients ne mentionnaient aucune présence de cannabis. Par contre, elle présentait bien un fort caractère, la rapprochant plus d’une IPA comme simple bière. Elle donnait l’impression d’être oxygénée savoureusement afin de permettre à ses malts de s’identifier. J’avoue qu’elle m’a séduit à la fois par son caractère agréablement savoureux que par sa désaltération.

Depuis la légalisation de l’usage de cannabis au Québec, plusieurs micros brasseurs se sont mis à la production de brassins comprenant des doses légères de cannabis. En Europe, son utilisation est encore illégale, mais cela n’a pas empêché certains brasseurs français et allemands (« HEMP ALE » vol. alc. 5% de la brasserie allemande HUMBOLDT) de tenter l’expérience. Cependant on pourrait fort bien imaginer des appellations comme par exemple une bière baptisée « Cannebière » dans la région de Marseille ! Mais, n’avançons pas encore, ce qui n’est aujourd’hui que suppositions et attendons le futur brassicole avec beaucoup d’attention !


RESTONS DANS L’AMBIANCE AVEC LA « RASTA TROLLS » !

Point de cannabis, mais bien de la saveur tropicale avec la nouvelle production de la brasserie Dubuisson dans le Hainaut Picard en Belgique.

En effet, la gamme de la Cuvée des Trolls s’est élargie de façon inattendue avec une nouvelle bière, principalement optimiste pour un été ensoleillé ! La « RASTA TROLLS » (7%) se dévoile dès son nom, comme une bière profilant un été chaud et optimiste. C’est l’évidence même dès sa dégustation. Elle présente ses arguments festifs dès l’étiquette. Ses principaux alliés sont le rhum brun, la pomme verte ajoutée aux fruits jaunes et blancs comme aussi l’agrume) de ses consœurs de brassin. Son concepteur précise aussi la présence de feuilles de menthe. Toutefois sa consommation est conseillée au goulot, afin de ne pas être en contraste avec les bières tropicales genre « CORONA ». En conclusion, la Rasta Trolls, possède un grand ressort désaltérant mais ne se laisse pas entraîner vers une tendance majeure de bières qualifiées exclusivement tropicales. Elle possède des arguments belges, à saveur une amertume, certes modeste, mais rappelant que la brasserie Dubuisson développe ses propres champs de houblon. Elle aligne aussi une amertume propre à la pelure de citron, pas désagréable du tout, que du contraire très rafraîchissante et surtout très digestive. Enfin le rhum s’affiche en second degré et collabore avec la tradition « Trolls » des autres cuvées.


LA BIÈRE DANS TOUS SES ÉTATS !

La fédération des Brasseurs Belges, vient de publier ses résultats annuels pour 2017. Les chiffres n’apparaissent pas très optimistes, puisqu’il faut noter une baisse de 1,6 % sur le marché belge, tandis que l’exportation augmente de 8,7%. Selon Jean-Louis Van de Perre, Président des Brasseurs Belges, cette diminution du volume de consommation est essentiellement due à la situation difficile que connaît pour l’instant l’Horeca et à un glissement de la consommation des pils au profit des bières spéciales. Il précise d’autre part que les bières non-alcoolisées ou à faibles taux d’alcool (moins de 3,5% vol. alc.) représentent à elles seules déjà, 5% de la consommation globale.

Toutefois, cette baisse sur le terrain même, est compensée par une très intéressante percée sur le plan de l’exportation. D’autre part, la bière élargit sa place aux tables des restaurants, un terrain où le vin était incontestablement le maître. Elle reste aussi la boisson traditionnellement liée aux fêtes et événements de masse. Il faut aussi signaler que les campagnes « Bob » ont fortement influencé les chiffres de la consommation.

Fort heureusement, la gamme des trappistes se renforce avec 17,75% contre 13,91% en 2016, tout comme les bières d’abbaye (15,15%). C’est pareil pour les bières régionales grâce au développement des micros brasseries et le besoin d’identité de ses consommateurs. Et néanmoins, le secteur brassicole se porte bien, permettant ainsi aux citoyens de la bière d’être fiers de ses bières.


CHAMPS DE TIRS DU XVème SIÈCLE À LA BRASSERIE OUD BEERSEL.

Située sur les hauteurs de la vallée de la Senne, la brasserie Oud Beersel surplombe le magnifique château de la commune. L’Histoire et le brasseur, nous ont appris la découverte d’un fait de guerre s’étant déroulé sur ces terres dont certaines sont devenues tout récemment des terres de plantations pour de véritables champs de cerisiers de Schaerbeek, tellement indispensables à la confection des krieks traditionnelles.

En effet, lors de la mise en place des arbres fruitiers, l’entrepreneur a fait une découverte assez unique et spectaculaire. Lors du bombardement en 1489 du château communal par les Français, les canons sont restés sur place et au fil des siècles se sont enfoncés dans les terres du flanc de la colline. Cette découverte unique, vient d’être classé dans le patrimoine communal et plus encore, fera l’objet, lors des visites à la brasserie, d’une exposition au musée de la brasserie dans laquelle se trouve déjà une maquette du château fort. Le brasseur, Gert Christiaens, est extrêmement comblé de cette unique découverte historique, dont les visiteurs pourront dorénavant l’apprécier plus encore tout en dégustant une gueuze, une kriek ou un lambic « Oud Beersel » !


BELGIUM CAFÉ IN CHINA.

Jan De Cock (1jandecock@gmail.com) un Belge fou de Chine, s’est installé depuis nombreuses années dans la région de Chengdu (où les pandas sont protégés) et Dali. Pour l’instant, il parvient à importer quelque peu de la Duvel mais au regard de la demande, son petit établissement déborde de clients. Il cherche pour l’instant des brasseurs intéressés par l’exportation de bières belges en Chine, ainsi des livres liés à ce sujet. Je trouve cette initiative très intéressante d’autant plus que la Belgique compte développer de plus en plus des brasseries là-bas. Dans cette ville très peuplée (11 millions d’habitants) que l’on surnomme le « petit Pékin », la demande est plus forte que ce qu’il y a de disponibles sur le marché. Si toutefois, la curiosité vous pousse à en savoir un peu plus, n’hésitez pas à contacter Mr. De Cock via l’adresse ci-dessus.

 

Prochaine rubrique en septembre avec les bières issues des fruits d’été et tombés des arbres !

Cheers.

CHRISTIAN DEGLAS.