Les Nouvelles de Christian Deglas - NEWS MAI/JUIN 2017

«En mai, fait ce qu’il te plaît mais en juin rien ne te retient !» est un adage traditionnel mais plutôt à l’image d’un printemps en Belgique, particulièrement frais et guère adapté à l’appréciation des nouvelles bières. Peu importe, elles se définiront bien mieux et plus longuement une fois le mercure du thermomètre plus généreux. Et fort heureusement aussi, nous avons été prévenants afin de garder quelques nouveaux crus avec patience pour lorsque la bonne heure allait sonner.


POUR LA « HOPUS PRIMEUR » (8,3%), CETTE FOIS C’EST LA BONNE HEURE !

Pour la 5ème année consécutive, la Brasserie Lefebvre sort sa version printemps. Bien qu’elle était sortie depuis mars dernier, nous avons préféré de vous la présenter en cette fin du mois de mai, car comme écrit ci-dessus, les caprices d’une météo sévère l’aurait défavorisé. Et nous avons bien fait, car sur ces 2 mois suivant sa mise sur le marché, elle a pris de la bouteille et s’étale avec beaucoup de maîtrise et d’élégance, parmi les must à ne pas manquer. Sa composition houblonnée était déjà bien généreuse initialement, mais la voici maintenant agrémenté d’un 6ème houblon spécifique d’origine alsacienne, lors de sa phase de « dry hopping ». C’est aussi ce qui explique qu’elle bonifie encore en caractère pour atteindre à la fois un nez très expressif me rappelant à certains degrés la fraîcheur de bières du Haut Rhin et de la Forêt Noire, malgré une superbe mousse généreuse mais pas trop soyeuse qui autorise cependant des nuances agrumes et florales. Sa saveur est très souple, tournant sur une amertume très présente mais pas pesante, lui donnant ainsi cette légèreté d’un ton vivace en fond de bouche. Elle n’agresse à aucun moment ni le gosier, ni la langue malgré sa composition majeure de fins houblons. Elle s’assimile très bien à ce que l’on attend d’une bière printanière, s’appuyant même sur une saveur apportant beaucoup de sûreté et d’optimisme. Cela lui donne ainsi un double rôle, celui essentiel d’une bière jeune apportant le renouveau, l’autre, l’assurance d’un brassin alerte d’où s’échappe une vitalité par des saveurs légèrement exotiques pigmentées de basilique mais tellement fleurie qu’on en redemande.

Pour un printemps réussi, voilà donc un bouquet très bien garni !


« L’AROGANTE » (7,2%), LA BIÈRE FAIT l’UNION.

Si la devise de la Belgique, est « L’union fait la force ! », il faut bien avouer que les fondements solides de sa base, sont les bières. L’esprit de la culture « bière » est maintenant reconnue par l’UNESCO comme patrimoine culturel immatériel de l’Humanité. Et s’il le faut encore, le Belge est fier de ses bières. Elle est aussi le dénominateur commun des 3 régions linguistiques du pays. Il n’y a pas une semaine sans qu’une voire plusieurs bières vont leur apparition sur la scène brassicole. De plus en plus, elles s’identifient à leur région, à leur culture et encore à un événement. C’est la raison pour laquelle, elle est le symbole du Royaume. Cet esprit d’union est encore illustré de façon très astucieuse et spirituelle par cette nouvelle bière, « L’Arrogante » est un couplage de 2 noms de villes belges, l’une située en Wallonie (La Roche-en-Ardenne), l’autre en Flandre (Gand). Le couplage des premières syllabes dans chacune des villes impliquées composent le nom de la bière. En réalité, il y en a même deux versions, la blonde, qui s’annonce comme « la plus belge » mais l’est aussi car son goût amer (45 IBU) mais sec, se rapproche le plus avec la personnalité de ses habitants. Composée de trois houblons très typés, elle cumule un nez uniforme rappelant bon nombre de bières traditionnelles mais impose aussi sa force de caractère en faisant plus qu’une simple bière. Sa conclusion est plutôt sèche mais s’attache à garder l’amertume bien profondément au gosier sans pour autant éveillé une âcreté. Elle rappelle un pan de l’Histoire belge comme un pays où certes il fait bon vivre mais aussi où ses habitants travaillent durs tout en gardant aussi une part importante au plaisir car les Belges a le sens de la fête et un esprit très convivial. D’un degré d’alcool moyen, mais toutefois suffisant, « L’Arogante » autorise plus qu’une seule dégustation mais permet aussi de rester vigilant qu’une bière brassée avec savoir, se déguste avec sagesse.
La Belgique a aussi son passé de charbon. Principalement, la région du Centre et le pays Noir de Charleroi. « L’Arogante » n’est pas en reste, et lui fait honneur avec sa version « Stout-Ish » (5,5%) évoquant non seulement cette très rude période. Cependant comme pour la blonde se voulant « la plus belge », la stout rend hommage à l’un des plus grands peintres de Belgique, René Magritte, en qualifiant le thème de la bière comme « Ceci n’est pas une stout » en référence au célèbre tableau de l’artiste de Lessines « Ceci n’est pas une pipe ». Le stout en lui-même est très traditionnel. Dans ce cas, sa base est composée malts café et de chocolat, tout comme 3 variétés de houblons aromatiques également mais dont le rôle est plutôt symbolique, se limitant à garder les allures sur son chemin traditionnel et équilibrant d’éventuelles rondeurs car il faut malgré tout constater que le côté amer est évalué à 50 IBU qui sur l’échelle des amertumes la place parmi l’une des plus élevées de Belgique, lui assumant un très fort caractère.
Les 2 versions de ces bières aux perspectives très optimistes, lui autorisent aussi une ouverture aussi variée vers un beerpairing cumulant tant des spécialités du Nord de la Belgique que tu Sud. Les fromages sont en premier cas à l’honneur tout comme le chocolat, ou encore des charcuteries moutardes ainsi que des produits marins comme les moules et les huîtres préparées dans leur plus simple impression.


WHISKY VIEILLI À LA BIÈRE !

La bière subissant une maturation « oak age » grâce aux levures et sucres résiduels d’anciens fûts ayant contenu précédemment, de l’armagnac, du cognac, du vin, du champagne ou encore du whisky, n’est plus l’apanage des bières. En effet, depuis quelques mois, c’est plutôt l’inverse puisque certains alcools issus de la distillation, subissent dorénavant aussi une maturation mais dans d’anciens fûts de bière. Ce ne sont pas n’importe quels whiskys puisque la renommée marque « Glenfiddich » connu principalement pour ses single malt, a procédé à un vieillissement d’un de ses crus, dans des tonneaux ayant contenu des bières de type IPA. On trouve aujourd’hui sur le marché, la première production, sous le nom de « Glenfiddich IPA Experience ». Il en ressort un scotch whisky single malt imprégné de notes fraîches d’agrumes et de houblon aromatique. Le boisé aussi accompagne cette nouvelle saveur, renforçant l’effet d’une impression de whisky plus âgé qu’il n’y paraît. La méthode semble intéresser les Anglais puisque d’autres distilleries sont sur le point de suivre ce nouveau courant. En fait, ce n’est que le retour du succès des bières « oak age » afin d’équilibrer la balance d’authenticité des recettes.


BRASSERIE OMER VANDER GHINSTE FÊTE SES 125 ANS.

Le 17 mai 1892, alors à peine âgé de 23 ans, le jeune Omer Vander Ghinste démarrait sa brasserie dans le village de Flandre Occidentale à Bellegem près de Courtrai. Cette entreprise familiale qui en est aujourd’hui à sa cinquième génération, Omer-Jean tenant maintenant la destinée entre ses mains, sortira le jour anniversaire, ce 17 mai dernier, une bouteille spéciale de luxe de type collector, à nombre limité version 75cl, bouchée et muselée. La bière sera une « Omer » traditionnelle mais il y a fort à parier que présentée dans ce format de luxe, cette blonde semblera prendre un éventail plus houblonné et paraîtra posséder plus de caractère encore.
Cette édition anniversaire sera cependant disponible auprès des magasins Colruyt, Alvo, Carrefour, Delhaize, Spar et Makro, ainsi qu’auprès les plus fidèles distributeurs de la brasserie. La cuvée anniversaire, sera offerte à tout un chacun s’acquérant de l’achat de 12 bouteilles de la « Omer » traditionnelle. Rappelons aussi que jusqu’à présent, seul par génération, le garçon aîné porte le prénom de leur illustre aïeul. Toutefois, auquel cas, une génération ne devait avoir de garçon, il va falloir homologuer le prénom au féminin : « Oh brasserie, Omère chérie, … ! ».


SCOTCH CTS AVEC DE NOUVEAUX ATOUTS.

Initialement, ce scotch était une suite logique à l’une des productions de la brasserie bruxelloise Wielemans Ceuppens connue surtout pour ses gueuzes. En 1921, elle produisait aussi un stout qu’elle labélisera « Crown Tree Stout » une bière noire très prisée durant ces années pour sa richesse en vitamine B. Toutefois, avec la vague suivante des scotches en 1926, elle composa sa carte avec un scotch de pur tradition écossaise, et quelle soumettra à sa clientèle simplement sous le nom « Scotch CTS » (7,2%). Au fil des années, c’est plutôt en région liégeoise qu’elle prit de l’ampleur et essentiellement en période de Noël. Aussi, elle fut homologuée en cette période de fêtes, jusqu’au milieu des années ’90. Dorénavant, elle disponible toute l’année tant en bouteille qu’au fût. Elle figure pour l’instant parmi les scotches des plus appréciés en Belgique. Devenue aussi, une bière non seulement très populaire et conviviale, elle prend malgré, une place très appréciable auprès des puristes. C’est la raison pour laquelle AB-INBEV, semble lui fournir de nouveaux atouts lors de sa dégustation, en mettant au service de ses amateurs, des chopes en étain lui permettant de rehaussé plus encore sa noblesse savoureuse. Elle se boit fraîche, entre 5 et 6° C, et possède un ton doux accompagné d’une pointe d’écorce boisée surmontée d’une mousse soyeuse et permanente. Servie dans son nouveau verre, elle prend une nouvelle dimension qui devrait encore lui attirer les faveurs d’une clientèle encore plus élargie.


BELFORT PREND DE LA HAUTEUR !

Sortie discrètement, il y a 2 ans déjà, une première version de la Belfort blonde (8%), avait rencontré un bel intérêt. Son concepteur, Philip Vandaele, encouragé par ce résultat, remet à nouveau le couvert, avec une deuxième version, brune cette fois, et dotée d’un volume d’alcool supplémentaire (9%). Ses ingrédients sont aussi assez inédits, puisque outre des malts torréfiés combinés avec ceux au chocolat, elle peaufine sa saveur d’une fine amertume grâce à son dry hopping. Elle paraît ainsi plus aromatique et riche au palais qui perpétuera son goût au gosier dans lequel elle s’accrochera avec caractère. Elle devrait satisfaire non seulement les amateurs de la version blonde précédente mais aussi attirer l’attention des curieux en goûts innovateurs très évocateurs. A découvrir en été et à prolonger vers l’automne.


TRAPPISTE USA : SPENCER MONK’S RESERVE ALE (10,2%).

Depuis 2013, les USA possèdent leur propre trappiste. Brassée à la St Joseph Abbey, au Nord de Boston, elle a été reconnue au sein du Bureau central de l’association « Authentic Trappist Product ». Le frère Isaac Keeley, responsable de la brasserie, vient d’annoncer une nouvelle bière dans la gamme de plus en plus étendue de l’abbaye, mais qui ne sera malheureusement pas disponible en Europe en raison de sa production limitée. Il s’agira d’une version quadruple qui sera simplement baptisée « Quad » complétant ainsi la production de la « Single » (6,5%), « Dubbel » (Trappist Holiday Ale 9% ) et l’ «Imperial Stout » (8,7%). Elle sera disponible pour le grand public, le 12 juin prochain, mais donc uniquement pour les privilégies américains. Non, il ne s’agit pas d’une décision du Président Trump ! Il est fort à parier, que sa conception ait été fortement influencée par les brasseurs hollandais de l’abbaye de La Trappe à Tilburg aux Pays-Bas mais gardée secret comme une confession !, sans toutefois en être une véritable copie ! Elle recèle de nombreux atouts spécifiques dont une solide densité de malts « caramel » et torréfiés couronnant une présence de 2 voire 3 houblons dominant d’égale façon. Elle se présente sous les traits d’une ambrée foncée et devrait être disponible en 2 formats, 33 et 75cl, cependant il est envisageable qu’elle le soit aussi en version « Magnum » (1,5l).
Il vous reste cependant quelques opportunités pour la découvrir, ce sera lors du festival des « Brasseurs Belges » le premier WE de septembre, soit encore à l’Horeca Expo de Gand en novembre 2017.


LE LAMBIC EN FÊTE À BEERSEL POUR UN BEL ANNIVERSAIRE.

1882, à Beersel (Brabant Flamand) entre Hal et Bruxelles, là où s’étend la Vallée de la Senne, entraînant avec elle, ses micros organismes qui s’associent bien involontairement aux breuvages de bières refroidissant à l’air, on trouve l’une des premières brasseries à fermentation spontanée typique à cette région. Initialement, l’une de ces plus anciennes installations découle la Brasserie Vandervelden, dont le brasseur, Henri, produisit pour le fief brabançon, étalé tout à côté du château de village, des hectolitres de lambic. Tant à l’intérieur qu’en dehors de la forteresse armée, la bière coulait à flot, sans jamais enivrer exagérément les habitants. Le petit village vécu tout au long de son Histoire une longue passion, jusqu’au jour où le brasseur fatigué par le dur labeur brassicole saisonnier, décida d’arrêter. Sans successeur, et donc aucun renouvellement de sa production, la brasserie Vandervelden était vouée à disparaître. Et pourtant, fin 2002, lorsque les installations produisaient leurs dernières gouttes de lambic, Gert Christiaens, un passionné de la gueuze et de son authenticité, passait par là. Il décida de relancer cette belle et ancienne brasserie. En mémoire à l’historique des installations, il la baptisa Oud Beersel et perpétua au grand soulagement de ses habitants, la production du lambic. Aujourd’hui en 2017, soit 135 ans après les débuts du grand épisode de cette brasserie, Gert, le nouveau brasseur rend hommage à son prédécesseur, Henri Vandervelden, en sortant un cru spécial pur lambic, et donc pure santé, portant en étiquette le chiffre symbolique de «135 years» composée d’un coupage de différents lambics, de jeunes comme du plus âgés. Les connaisseurs s’arrachent littéralement cette cuvée, car il est déjà arrivé pour ce coupage de lambics, qu’un amateur japonais en offrait jusqu’à 800€ la bouteille.


SOSSONS D’ORVAULX !

En guise de conclusion pour cette récente « news », je m’offrirai un petit plaisir personnel avec beaucoup de fierté. En effet, en mars dernier, quelle ne fut ma surprise de recevoir une invitation des « Sossons d’Orvaulx » à m’inviter à participer à mon intronisation de leurs nouveaux membres au cours du Chapitre 41. Cette confrérie résolument tournée vers l’Orval, est aussi un regroupement dont les devises sont tournées vers le social et surtout des œuvres caritatives. Très préoccupés par le souci du sort précaire de certaines personnes, les « Sossons d’Orvaulx » tentent par leurs propres moyens de venir en aide à ses familles dans la nécessité. Leur philosophie définie en Gaumais est la suivante : « Faites le bien tout autour de vous avec un grand cœur et beaucoup d’amitié ! » voilà donc une saine devise qui plus est lorsqu’elle est accompagnée d’un (ou plus!) verre d’Orval, est loin d’être insoutenable !